La Performance éternelle : Rachel Félix et l’image de la juive au 19e siècle

Un article de l'actrice Rachel Félix

Un article du journal Le Corsaire écrit par le journaliste Philibert Audebrand sur les rôles de l'actrice Rachel Félix dans la pièce Horace de Pierre Corneille et dans la pièce Phèdre de Jean Racine.

Une réflexion sur la vie professionnelle de Rachel Félix, cet article explore les rôles et la vie sociale de la grande actrice du théâtre français au 19e siècle. Ce journal est connu pour des articles sur « des spectacles, de la littérature, des arts, mœurs et modes (Pertuis 504). » À cause de son admiration pour la culture de l'art français classique et romantique, il ne fait aucun doute que Le Corsaire était le meilleur journal pour juger les interprétations de l'actrice Rachel Félix. Cet article a été écrit par Philibert Audebrand, un journaliste et écrivain qui a publié un livre de la culture artistique du 19e siècle en 1904 qui est intitulé Les romanciers et viveurs du XIX siècle. Dans cet article du Corsaire, Philibert Audebrand loue Rachel Félix pour ses rôles dans la pièce Horace de Corneille et dans la pièce Phèdre de Racine qui ont été jouées à la Comédie-Française à Paris. Selon l'article de Philibert Audebrand, il est évident que l’éloge et la censure pour le jeu de Rachel étaient devenus des événements quotidiens. Par exemple, même si l'interprétation de Rachel pour la pièce Esther était montée pour la fête juive Pourim, l'identité juive de Rachel mène au tollé public dans lequel Rachel était dénoncée pour sa judaïté (Samuels 50-51). Rachel Félix était piégée par son identité juive et célébrée pour son talent dans les tragédies françaises.

Dans cet article, Philibert Audebrand réfère à Rachel sous le surnom « Mlle Rachel », une identité qui reflète sa légère célébrité en France. Le célèbre critique Jules Janin a couronné Rachel Félix avec ce surnom « Mlle Rachel », mais selon l’universitaire Maurice Samuels, Janin trouvait Rachel Félix d’être trop juive pour ses rôles. Samuels écrit de Jules Janin que, “If after the actress’s death he would remember her performance as Esther a triumph, in 1839 he denounced it as a sacrilege (Samuels 51).” Même si elle était encensée par quelques critiques français comme Audebrand qui a cité le roi de Prusse en répétant que Rachel Félix était « ... une belle statue antique animée »certains critiques ont dénoncé Rachel Félix à cause de sa judaïté.  

Bien que ses talents soient connus au niveau international par 1850, dans l'article de John Stokes, "Rachel's "Terrible Beauty: An Actress Among the Novelists," il décrit l'exotisme et l'antisémitisme de G. H. Lewes, un critique anglais. Lorsque quelques journalistes français comme Philibert Audebrand ont fait référence à Rachel Félix comme « un triomphe », G. H. Lewes qualifie Rachel comme « a terrible beauty » à cause de son identité juive (Stokes 774). Cette description de Rachel comme une beauté terrible est une manière d’exotiser Rachel et d’enlever son humanité en utilisant des adjectifs comme « terrible ». G. H. Lewes était obsédé par la judaïté de Rachel Félix, en disant que si elle ne possédait pas du talent, elle serait comme son frère qui était décrit comme un « garçon juif vulgaire » (Stokes 776). Ces citations antisémites du critique G.H. Lewes démontre une anxiété à propos d’une prise de pouvoir juive qui était perçue comme une menace à la société européenne (Samuels 55). G.H. Lewes n’était pas le seul critique antisémite de Rachel--cette anxiété culturelle était également persistante chez les journalistes français.  

Les universitaires René Bailly et Claude Fournier expliquent que les critiques au début de sa carrière ont attaqué Rachel Félix, en disant qu'elle était « petite, assez laide, point de poitrine, l'air vulgaire, la parole triviale... ignorante et sans art » (Bailly & Fournier 340). Cet « air » vulgaire pourrait être une référence à sa judaïté. Bien que cet article de Philibert Audebrand souligne Rachel Félix comme une actrice française universellement adorée, d’autres critiques de Rachel ont eu des opinions sévères, qui étaient pleines d'antisémitisme et d'exotisme basés sur son identité juive. 

 

Une lettre de Rachel Félix

Une lettre écrite par l'actrice Rachel Félix à un ami. 

Rachel Félix, l'actrice suprême du théâtre français à Paris au 19e siècle, avait un caractère qui a contredit des normes de la période. Cette lettre, écrite lorsqu'elle combattait une maladie anonyme, démontre la force de son esprit indépendant. Dans la lettre, Rachel note qu'elle l'écrit par « moi-même pour que vous soyez plus content ». Cette petite partie de sa phrase montre non seulement son indépendance, mais aussi un sens d'amitié si fort. Elle finit la phrase avec la notion de la reconnaissance : « il faut bien faire quelque chose pour ses amis ». Avec cette phrase, il est évident qu'elle était préoccupée par la notion de montrer la reconnaissance et la sincérité à ses amis. Par rapport aux interprétations des juives aux yeux des stéréotypes de la « belle juive », Rachel Félix--dans sa vie publique et intime—opposait des limites et des idées associées à cette représentation des juives. La « belle juive » dans la littérature et l'art a pris de nombreuses formes pendant l'époque. Un symbole de la belle juive souvent représenté est un personnage juif qui est malade et faible et une femme avec un destin tragique. Dans la lettre de Rachel, il est clair que même si elle est malade, elle possède un esprit d'indépendance et une ténacité malgré sa faiblesse, des caractéristiques qui défient des stéréotypes de la belle juive. L'universitaire Maurice Samuels décrit un critique antisémite de Rachel Félix, Charles Maurice, en disant que Charles a pensé qu'elle était "too strongtoo aggressivetoo haughty" pour correspondre aux stéréotypes de la belle juive (Samuels 58).  

  Rachel Félix était non seulement connue pour ses jeux incroyables, mais elle était aussi célébrée comme une mondaine de la société française en gagnant beaucoup d'amis et d’amants pendant sa carrière comme actrice. En fait, en 1839 le marquis, Astolphe de Custine, s’est entiché avec Rachel ; il voulait tenir « le rôle d'un conseiller artistique », et il « lui offre même une couronne de marquise en lui proposant de l'épouser » (Bailly & Fournier 343). Rachel Félix n'a pas épousé le marquis à cause de son « cerveau fêlé, » qui a rendu ce mariage « un obstacle » selon les universitaires René Bailly et Claude Fournier (Bailly & Fournier 343). Cette rupture entre Astolphe de Custine et Rachel Félix illustre son aversion au mariage et son attachement à sa vie de femme libre. Au cours des rumeurs du mariage au Marquis, elle avait un autre amant : François d'Orléans, qui était le prince de Joinville et le troisième fils de Louis-Philip (Bailly & Fournier 343).  

Pendant sa carrière du jeu, Rachel Félix a évolué les interprétations des femmes de la tragédie, en représentant un nouveau type de la « belle juive » et « la muse tragique ». Kimberly Snyder Manganelli discute de l'évolution de la femme juive à travers l'importance culturelle et littéraire de Rachel Félix. Maganelli décrit que la belle juive était normalement une victime de “violence either from her father or from the European men who wanted to possess her," tandis que la muse tragique était capable d’utiliser “her powers of performance to escape this fate by moving between racial and social identities (Manganelli 94).” Rachel Félix, grâce à son autorité sur l’image juive, a influencé la notion de la belle juive pour la culture européenne à la fois dans sa personnalité publique et pendant sa carrière d’actrice. 

Cette lettre de Rachel Félix ne démontre pas un stéréotype de la juive, mais la force de sa vie intime pendant sa maladie et sa faiblesse. Rachel Félix n’était ni une représentation évoluée de la belle juive ni une mondaine de Paris ; à la fin de sa vie, il est évident qu’elle était une amie sincère. Vers la fin de cette lettre à son ami, Rachel écrit que « j’étais aussi heureuse d’apprendre que vos bons parents me portent quelque amitié », en montrant sa gratitude pour la gentillesse et le réconfort pendant sa maladie.   

  

  

La Bibliographie  

 

BAILLY, RENÉ, and CLAUDE FOURNIER. “RACHEL « LA GRANDE ».” Revue Des Deux Mondes (1829-1971), 1971, pp. 337–350.  

 
Manganelli, Kimberly. “‘I Wonder What Market He Means That Daughter For’: The Beautiful Jewess and the Tragic Muse.” Transatlantic Spectacles of Race: The Tragic Mulatta and the Tragic Muse, Rutgers University Press, 2012, pp. 92–127.

Pertuis, Gervais. “Le ‘Corsaire’ De 1829 Et La Parodie Des ‘Orientales.’” Revue D'Histoire Littéraire De La France, vol. 31, no. 3, 1924, pp. 504–513. JSTOR, www.jstor.org/stable/40518512. Accessed 25 Apr. 2021. 

Samuels, Maurice. The Right to Difference French Universalism and the Jews. The University of Chicago Press, 2019. 

Stokes, John. “Rachel's ‘Terrible Beauty’: An Actress Among the Novelists.” ELH, vol. 51, no. 4, 1984, pp. 771–793. JSTOR, www.jstor.org/stable/2872783. Accessed 27 Feb. 2021.